Vins de Bordeaux : se réinventer pour ne pas s'éventer ?

Difficile de ne pas penser à Bordeaux comme à un vignoble bien établi, sûr de ses références et de son Histoire. Malgré les énormes disparités entre petites productions et grandes propriétés, les vins de Bordeaux portent la même tradition et les rouges se parent du même ensemble Cabernet-Merlot. Pourtant, la réinvention du vignoble paraît nécessaire, en raison notamment du changement climatique. Autant que cette marche forcée soit un minimum voulue...


Vins de Bordeaux

Au-delà de la revalorisation des crus bourgeois ou de la promotion du Bordeaux primeur, il semblerait que le travail de fond de rénovation des vins de Bordeaux soit engagé non seulement sur plusieurs fronts, mais aussi pour plusieurs raisons. C'est en tout cas ce qui est ressorti d'échanges au cours des apéros Bordeaux Expériences, puis du salon des Vins et Terroirs, à Toulouse et, enfin, de constatations personnelles au fil des rencontres. Il s'agit là d'une discussion ouverte ; aussi, les commentaires sont tout à vous pour aller plus loin que les quelques éléments partagés ici !


Place aux femmes

On ne va pas refaire le débat mais, en 2014, on constate que la place des femmes dans le monde du vin, dans le chai comme dans la cave, n'est pas encore tout à fait gagnée. L'exemple du vin pour femmes , v dans le dernier billet vient montrer qu'il reste beaucoup à faire, quand bien même l'œnologue qui nous a répondu à l'apéro Bordeaux Expériences, Valérie Danan, est une femme. Elle-même a évoqué un certain conservatisme en Gironde à l'idée de laisser les femmes embrasser la viticulture.

Deux semaines plus tard, au salon des vins, un vigneron de Saint-Mont de l'ancienne génération (domaine de Maouries, une petite pépite) allait jusqu'à penser que les femmes ont un palais plus développé et plus précis. Pas vraiment le même discours et pas la même réalité du côté des vins du Sud-Ouest, où les femmes semblent avoir pris une place plus importante, à l'image de la belle réussite du domaine de Herrebouc. A Bordeaux (comme ailleurs en France, ne nous le cachons pas non plus), les femmes se font une place par la force des choses et de la volonté, petit à petit. Il s'agit peut-être là d'un commencement d'évolution des mentalités.


Un changement grandeur nature

Du Bordeaux sans Merlot, est-ce seulement envisageable ? A en croire notre œnologue, c'est une option sérieusement étudiée pour lutter contre la hausse du taux d'alcool dans les vins. La raison ? Un changement climatique bien réel, qui bombarde de soleil des raisins qui ne demandent qu'à augmenter leur teneur en sucre. Le Merlot n'est pas compliqué : on lui donne du soleil, il en profite, c'est aussi simple que ça. Afin de ne pas se retrouver dans 20 ans avec des rouges qui titrent à 17°, il faut sérieusement envisager l'adoption de cépages rendant moins d'alcool... Ou trouver une solution au réchauffement global. Réalisme oblige, il faut bien se tourner vers la recherche de raisins plus adaptés en cas de poursuite du processus de dérèglement climatique, aussi triste cela soit-il.


A ce propos, le Pédebernade 5 - cépage préphylloxérique - conservé du côté de Saint-Mont pourrait constituer une alternative des plus intéressantes en cas de hausse continue des températures (lien vers l'article en anglais).


Vignobles Mallard, Bordeaux

Une opération dépoussiérage

Quand l'image est écornée (ou vieillissante, c'est selon) et que les ventes le font remarquer, arrive nécessairement un moment où le marketing vient mettre son nez dans les affaires. C'est ce que vivent les vins de Bordeaux depuis quelques années déjà mais, plus particulièrement, depuis la fin des années 2000. C'est en tout cas une impression personnelle. Contre-offensive sur le marché des primeurs, initiatives de découvertes des vins (les apéros Bordeaux Expériences sont une parfaite illustration de cette pédagogie doublement utile - faire connaître les vins de Bordeaux et donner les clés pour les apprécier comme il se doit) et innovations appréciables laissent à penser à une prise de conscience générale côté producteurs. En prime, la réponse girondine au développement du marché du rosé apporte une diversité bienvenue au domaine comme aux possibilités offertes par ces vins. Et si le Bordeaux Clairet, vin traditionnel, est fin prêt à trouver son public hors de Bordeaux, le rosé "moelleux" du domaine Mallard, par exemple, goûté au salon des Vins et Terroirs, montre une belle originalité qui vient à elle seule battre en brèche cette image d'un vignoble figé dans le temps.

L'avenir nous dira comment évolueront les vins de Bordeaux à l'avenir et comment la tradition, qu'il ne faut évidemment pas perdre, se mariera à ce besoin pressant de renouveau.


En prime, une petite présentation du Bordeaux Clairet, un vin entre le rosé et le rouge léger qui a tout pour plaire en apéritif :


Valérie Danan, oenologue, Apéros Bordeaux Expériences Toulouse from @fractaleblog on Vimeo.


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