Germain Germain (Fabrice Lucchini) est un professeur au nom pas banal dans un collège classique, situé dans une banlieue non moins moyenne. Le lisse en est si insistant que même la tenue des élèves est revenue, en cette nouvelle rentrée, à l'uniforme. Au cœur de cette normalité écrasante étudie Claude, un adolescent parmi les autres.



Le relief, la rupture, émergent pourtant de cette superposition de couches sans plis. Un simple sujet de dissertation du professeur Germain appelant à raconter son week-end et l'inspiration donne soudain de l'air et de l'audace à Claude, doué de nature, réservé de son état, discret sous tous rapports. Le résultat ? Une dissertation pas maladroite qui emporte le professeur Germain, lecteur choyé et unique, personnage plus ample par la suite, dans un roman à épisodes inexorable. Impossible à lâcher. Avant de s'avérer - tout autant - intenable. Claude développe sa plume, son style et son histoire sous l'égide de son nouveau mentor, son maestro qui refuse le titre mais s'octroie volontiers la fonction, enfin responsable d'un élève captivant, hors-norme(s), projection de ses actes manqués d'écrivain en quête de sa propre reconnaissance.


Le récit de la dissertation de Claude, "à suivre", puis des autres épisodes, se déroule entièrement dans la maison de l'un de ses camarades, Rapha, littéralement fascinant de normalité. Tout comme sa famille. Flaubert avait voulu "écrire un livre sur rien" avec Madame Bovary, Claude propose un roman à épisodes sur les petits néants si parlants de Rapha fils, de Rapha père (un rien étonnant) et de la mère, parée de "l'odeur des femmes de la classe moyenne".


Claude (Ernst Umhauer) et Germain (Fabrice Lucchini). [DR]


Si la dissertation constitue le cœur du film, on n'en est pas moins dans un mille-feuilles dramatique dans lequel Claude et le professeur Germain relaient à merveille le propos narratif et le sentiment du spectateur. Il s'agit en effet d'interroger notre regard sur l'histoire et, au-delà, de l'inclure dans le récit. Les niveaux s'imbriquent, les points de vue s'entrelacent, le spectateur ne peut qu'attendre, incapable de tourner plus vite les pages du film. Et si le dénouement peut surprendre, il n'en reste pas moins la la logique énoncée au coeur même du film : il "C'est inattendu... Et en même temps les choses ne pouvaient pas finir autrement". Et c'est avec un jeu d'acteur absolument impeccable (Emmanuelle Seignier, notamment, remarquable en mère de famille de la classe moyenne ; le jeune Rapha admirablement normal ; Kristin Scott-Thomas très juste.) qu'est servie cette nouvelle fable à miroirs de François Ozon, le réalisateur en profitant au passage pour se réinventer dans le reflet du jeune Claude. Astucieux, adroit, captivant.



A voir.



Dans la maison. Film français de François Ozon. Avec Fabrice Luchini, Ernst Umhauer, Kristin Scott Thomas, Emmanuelle Seigner (1 h 45).