Le moins que l'on puisse dire, c'est que Dirty Art Club a le sens de la gravité... Hexes, livraison du 2 août du duo états-unien, est là pour en attester sans ambiguïté : de la prise d'appui très équilibrée sur les années 1960-70 à la dynamique haendelienne en fin de titre pour rappeler les racines de la pop US - un jour s'imposera vraiment un point sur les influences de Purcell et Haendel en matière de pop -, en passant par le dosage savant de l'electro pour ne jamais étouffer les dynamiques mélodiques, il y a là une vraie science de la mesure et des forces organisatrices de la musique amplifiée.


Et si, pour internationaliser le propos, on retrouve du Waxtailor, du John Barry et même de l'Ennio Morricone au fil des pistes, on n'en reste pas moins dans une formidable expression du melting-pot musical que nous ont légué les 50 Etats de l'Oncle Sam. Blues, crooning, soul, rock n' roll, tout y passe. Toujours plaisant, Hexes devient carrément génial du côté de "Rosslyn's Crypt" puis, confortant le charme, sur le magnifique "Slow Burner", se permettant une petite incartade Shoegazing... Avant de révéler ses origines baroques sur le "Dead Man's Letters" final. Haendel, mesdames et messieurs.


Qu'est-ce qui rapproche les Beach Boys, les Mamas And The Papas, les Platters, Percy Sledge et Procol Harum (l'auteur de "Whiter Shade of Pale" qui, pour le coup, est Britannique) ? Leur sensibilité haendelienne qui, par opposition au Purcell des Beatles et autres avatars brit-pop, fonde la pop US.


Plus qu'un album, Hexes se pose en hommage, voire en manifeste du son américain, à la fois marche supplémentaire et point de vue sur l'escalier déjà gravi. A écouter seul ou bien accompagné, sans modération. Le label montréalais Phonosaurus a décidément eu le nez creux.



Dirty Art Club, Hexes, 2012, Phonosaurus Records