On connaissait le côté doux-amer de Beach House ; sauf que, jusqu'ici, l'amertume n'était qu'un arrière-goût, une touche de saveur qui apportait sa complexité à la bouchée de chocolat pop de l'ensemble. Avec Bloom, le sucre met un peu de temps à soulager le palais (qui, ici, est en fait une métaphore des oreilles... Bref, j'avoue, cette métaphore ne pourra pas tenir très longtemps).



Beach House dévoile ici un peu plus son côté sombre, et ce dès le premier titre. Non pas qu'il s'agisse d'une mauvaise surprise, mais l'impression de fausse légèreté tout de même positive laissée par Teen Dream et des titres tels que "Walk In The Park" ne nous préparaient pas nécessairement à goûter un peu de désillusion dans le duo franco-étatsunien. Quelques écoutes plus tard, on peut quand même le dire : diversifier sa musique est toujours une bonne idée lorsque le mouvement est naturel. Et, ici, c'est bien le cas.


Si la lumière finit par percer au fil des titres, avec en signes avant-coureurs les accents d'"Other People", la mélancolie ne disparaît jamais vraiment de ce "Bloom" tout en volupté et retenue. Même le plus guilleret "Wishes" ne fait pas place nette au soleil éclatant. Et jusqu'au bijou - pour moi - de l'album, le final "Irene", un voile de mélancolie subsiste sur les compositions, au point de rappeler parfois, discrètement, des airs de The Cure.


Pour revenir à "Irene", le titre de fermeture, on tient là un véritable chef-d'oeuvre de composition en couche minimaliste. L'intensité monte très progressivement, la voix finit par changer de rôle pour ne devenir que pur instrument... Le tout ressemble, et c'est paradoxal, à un feu d'artifice minimaliste. De la belle ouvrage, donc...


Au final, cet album demande un peu plus de temps que Teen Dream pour se laisser intégrer mais renvoie bien plus du duo et de nous-mêmes ; il se fait donc plus personnel au fil des écoutes. d'ores et déjà un incontournable de 2012.



Beach House, Bloom, 2012, Sub Pop Rds