"Mener un label indépendant se doit d'être un choix positif" - Sean Bouchard (Talitres), l'interview
Par Steve Bonet le jeudi 24 mai 2012, 20:29 - Culture - Lien permanent
Si Bordeaux a beaucoup fait pour la musique en France, c'est en grande partie grâce à ses labels, parmi lesquels le trio de qualité Vicious Circle / Platinum / Talitres. Et si le dernier ne vous dit rien, c'est soit que vous n'avez pas assez lu ce blog (je ne saurais l'imaginer...), soit que vous n'avez JAMAIS entendu parler de François & The Atlas Mountains, Piano Magic, Stranded Horse, Idaho, Emily Jane White, The Wedding Present... Car tous ces artistes sont sur ce label. Bref, vous ratez quelque chose. Qu'à cela ne tienne, Talitres valait bien une interview de Sean Bouchard, son fondateur en 2001 et actuel directeur.

Sean Bouchard, monsieur Talitres. (DR)
Question inévitable : d'où vient le nom "Talitres" ?
J'aime la singularité de ce nom, le fait qu'il soit aussi difficilement prononçable par les anglo-saxons, c'est devenu une vraie identité.
Will Stratton applaudi, Ewert & The Two Dragons encensé... Les artistes Talitres ont la cote en 2012. C'est une année particulière ?
A peine à mi-parcours de l'année cela serait un peu prétentieux de dire que 2012 est un bon cru. On vendange un peu plus tard, l'automne me parait une meilleure période pour commencer à dresser les prémices d'un bilan.
Mais effectivement, Ewert & The Two Dragons a reçu les honneurs, une belle exposition médiatique et une reconnaissance du public (c'est sans doute le plus important), Will Stratton débute une exposition médiatique... C'est fortement encourageant, mais j'ai toujours la volonté d'être prudent et patient. Je dirai d'ailleurs que pour un groupe comme Ewert & The Two Dragons le plus dur est à venir : comment ne pas se reposer sur des lauriers éphémères mais faire en sorte que ce capital de sympathie qu'a connu le groupe puisse se fructifier, aller plus loin ?
Je reste persuadé que le développement du label passe plus que jamais par une réflexion à la fois très simple et terriblement complexe de l'acte de signature artistique : savoir faire l'adéquation entre le subjectif revendiqué mais mettre un coup de ceinture au cœur parfois, sans se tromper de cran. Il n'y a aucun mystère, parfois des coups d'éclats et des happenings trompeurs, cependant si les labels indépendants veulent durer, ils doivent avant tout se recentrer sur l'artistique, monter, démonter, jouer aux Légos dans leur tête, être le premier fan du groupe pour prendre ultérieurement et pas trop tardivement du recul et endosser un autre habit... Bref, faire le boulot premier.
Quelles sont les autres surprises qui nous attendent cette année ?

Solar du groupe finlandais Rubik, paru l'année dernière.
Le "marché" de la musique est en pleine mutation, le piratage permet de découvrir des artistes mais pas forcément de payer à la fin pour les apprécier, le vinyle revient, le marché du numérique semble trouver son modèle économique... Quel est votre état d'esprit pour l'avenir : confiant ? inquiet ?
Je reste aussi optimiste car je sais que creuser son trou prend du temps et que Talitres a désormais creusé un trou pas trop ridicule. Outre la France, l'export fut une priorité même si il y a encore beaucoup de choses à faire, et mis part le label à proprement parler le développement des activités directement rattachées à celui-ci (booking, édition, etc...) commence à porter ses fruits.
Y a-t-il un album de chez Talitres qui, en particulier, a dépassé vos
attentes au point de vous mettre une énorme claque à laquelle vous
n'étiez pas préparé ?
Enfin, y a-t-il une question que vous aimeriez vous poser à vous-mêmes ?
Commentaires
Très bon et très dense. Ca change. Merci !