On ne peut l'ignorer, la crise est là. Et sûrement pour quelques temps, d'ailleurs. Mais après ? En toute logique, la politique extérieure de la France a fait les frais des visions à courte portée (voire à bout portant) qui émaillent cette campagne.

La diplomatie

En 2012, les révoltes tunisiennes et égyptienne ont fêté leur anniversaire, la répression en Syrie continue, l'Iran joue toujours l'épouvantail tandis qu'Israël se verrait bien frapper en premier. Une nouvelle ligne de fracture diplomatique se dessine entre, d'un côté, l'Europe et les Etats-Unis et, de l'autre, la Chine et la Russie qui, par exemple, ne laissent pas tomber la Syrie. L'Afrique est en proie à un regain d'activité militaire faite de rébellion, de coups d'états et de percée d'AQMI. L'affaire Wikileaks n'est pas si loin de nous et la question de la neutralité d'Internet n'a jamais été aussi prégnante. Alors, pourquoi ne pas parler un peu de diplomatie et de relations internationales ? Réponse : parce que c'est subtil et un peu trop compliqué, certainement. Et que l'étranger, quand même, c'est loin. Le schmilblick n'est pas prêt d'avancer.

L'Union Européenne ne traverse pas seulement une crise financière, son fonctionnement est aussi remis en cause. Il s'agit également d'une chance unique de corriger les déviances technocratiques, qui ont pu mener à l'impasse organisationnelle que tous concèdent au projet européen et que le traité de Lisbonne n'a fait que renforcer en éloignant les peuples de leurs représentants. Une refonte du fonctionnement communautaire avec l'élection d'un président de l'Europe au suffrage universel, par exemple, pourrait être mis sur la table.

En bonus : pourquoi ne pas faire avancer l'Union européenne grâce à une diplomatie concertée de l'environnement ? Cela donnerait un avantage décisif en matière de développement durable, qui implique aussi une part de recherche / développement dans les solutions alternatives, les énergies renouvelables et la recherche de nouveaux produits plus verts. De quoi assurer un leadership dans ce secteur, créer de l'emploi, etc.


La mondialisation

Bon, évidemment, les extrêmes ont fustigé la mondialisation et ses effets. Nicolas Sarkozy s'y est mis aussi, comme par hasard, dans cet entre-deux-tours. Dont acte. Mais on fait quoi, concrètement ? On anticipe ou on subit ? Quelle vision apporte-t-on au projet politique pour rétablir non seulement l'identité, mais aussi une ouverture apaisée au monde ?

Des solutions existent, bien sûr, mais n'ont jamais été évoquées ; pourtant, elles honorent bien plus la France et l'Europe qu'une possible fermeture des frontières ou qu'un départ de Schengen. Pensons notamment à la mise en valeur de la francophonie, qui constitue un modèle alternatif très intéressant à la mondialisation telle qu'elle est aujourd'hui pratiquée (NDR : promis, un article sur le sujet arrive très bientôt). 


La défense

Le NPA a fait des propositions en la matière, comme celle de supprimer l'armée (sic). Hormis ce fait d'armes, si l'on peut dire, rien ou presque. Il semble pourtant essentiel que le peuple français, à la tête de la République (le président étant un représentant), puisse disposer de quelques éléments sur la politique stratégique du pays, sa place dans le commandement intégré de l'OTAN, sa position sur une défense européenne, la poursuite ou non de certains programmes, etc. Le désert en la matière donne une image bien frileuse d'un pays dont les candidats s'évertuent pourtant à ressusciter la grandeur. Paradoxe... Ou simple illustration du populisme ambiant.


L'environnement

Eh oui, la protection de l'environnement est un sujet de politique extérieure ET intérieure (Cf. plus haut, volet "Diplomatie"). Eva Joly fut la seule à porter le thème... Mais pas aussi loin qu'on aurait pu l'attendre de la part d'une candidate "écologiste", bien plus portée sur les affaires.

Comment articuler une diplomatie de l'environnement ? Comment réfléchir la mondialisation des échanges, qui est aussi celle des problématiques ? Comment dialoguer avec les pays importateurs de matières premières ? Comment assurer la pérennité des exploitations forestières indonésiennes, brésiliennes ou gabonaises qui, pourtant, nous regardent tous ? Le sommet de "Rio + 20" a lieu cette année et rien ne perce ni dans les médias, ni dans le discours politique. A peine a-t-on évoqué cette année le sujet du gaz de schiste... Et encore. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'environnement ne nous accorde pas de délai spécial en raison de la crise. Au contraire, la concertation mondiale en matière de développement de nouvelles alternatives devrait être l'un des moteurs de développement et de sortie de la crise.


Amazone

L'Amazone, dont les périodes haute et basses sont en train de s'inverser, est un enjeu mondial.

En fait, la politique extérieure n'a quasiment pas été abordée ; il y aurait beaucoup plus à dire. Malheureusement, c'est aussi le cas pour les affaires domestiques, dont il sera question dans le prochain volet. Preuve, s'il en fallait, du vide sidérant de cette présidentielle 2012.