Le désert d'Atacama, aussi superbe soit-il, est déjà sale. Au bord des routes (ou de LA route, la piste principale qui relie San Pedro de Atacama à Calama, puis à Arica, à l'extrême Nord), des pneus et autres déchets principalement plastiques se laissent disséminer par le vent. Est-il pour autant nécessaire d'en rajouter? Le Dakar 2011 qui, au passage, en est déjà à trois morts, est passé par le désert chilien, connu pour être le plus aride du monde... Lorsque l'on voit la longueur de la caravane du rallye et que l'on connaît les ressources en eau sur place, on se pose la question du bien-fondé de cette compétition automobile dans de tels milieux. Mais bon, passons.

Le désert d'Atacama, donc, est un désert dit très-aride, dans lequel il pleut en moyenne trois fois par siècle. La végétation y fleurit de magnifique façon tous les sept ans environ. Les précipitations annuelles se situent en-deçà de 50mm et la principale source d'eau réside en fait dans le sous-sol et, pour les plantes, dans l'humidité relative des vapeurs des geysers, La photo ci-dessus illustre ce type de situation.

Car voilà : aridité ne signifie pas pour autant absence de vie, et celle-ci pourrait bien voir son équilibre naturel menacé avec l'implantation d'une centrale géothermique sur place. Si cet avenir n'existe pour l'instant qu'à l'état de projet, il reste tout de même très préoccupant. Les seules concentrations humaines, comme San Pedro de Atacama, se font autour d'oasis elles aussi dépendantes de cette configuration initiale, les Alpagas, lamas et autres cuys se nourrissent des plantes qui ont directement besoin de l'humidité dégagée, etc. Or c'est justement des gyesers que se nourrirait la géocentrale. Et si les fumerolles venaient à disparaître ou diminuer, nul ne sait quel impact ces modifications pourraient avoir sur le fragile écosystème.


P8050130.JPG


Si la Geotermica del Norte (GDN) et l'italien Enel souhaitent construire une centrale électrique « propre », en utilisant la géothermie, on ne sait pas vraiment si cette envie de "bien faire" en évitant les centrales thermiques ou d'autres productions polluantes d'énergie va dans le bon sens. Que l'homme ne soit pas présent en grand nombre dans cette zone est une chose ; qu'il se permette de mettre en péril un équilibre duquel il n'est pas véritablement partie prenante en est une autre. Le Chili, bien évidemment, fait face à un défi énergétique complexe ; toutefois la question ne saurait être réglée selon les règles de l'incrémentalisme disjoint, concept au nom aussi barbare que l'idée qu'il exprime : s'arrêter à la première réponse satisfaisante, condamnant ainsi la recherche de la solution la plus souhaitable.

Ce désert est incontestablement beau... Mais pas seulement. Il constitue également un vivier unique de biodiversité en tant que milieu naturel. Gageons que ce projet, s'il voit le jour, saura respecter le cadre unique qui, euh, s'offre à lui... Ou bien que l'expertise commandée à la Commission Nationale chilienne de l'Environnement (Conama) se montrera tout à fait impartiale. En attendant, par méfiance, par constatation des dégâts du Dakar, par désillusion aussi, mes souvenirs du lieu font un peu mal à cet instant.



Pour finir sur une note positive, voici quelques photos prises en 2003 au cours d'un voyage:

P8030063.JPG


P8050187.JPG


P8050171.JPG


P8030045.JPG


P8050190.JPG



Et pour finir, Un cliché de la vallée de la Lune par Laurent G. :

51-Valle_de_la_luna_y_de_la_muerte.jpg