Une pensée pour le désert d'Atacama
Par Steve Bonet le vendredi 14 janvier 2011, 19:23 - En général - Lien permanent
Alors que le mal-nommé Dakar parcourt les routes, pistes et dunes du Nouveau Monde à la recherche d'on ne sait trop quoi, laissant au passage quelques morts et autres impressions de déjà-vu, le désert d'Atacama revient dans l'actualité avec un autre projet à risque : l'installation d'une centrale géothermique sur les flancs de ses volcans... L'occasion de verser une petite larme en pensant à ces paysages parmi les plus beaux que ma rétine eut la chance d'imprimer.
Le désert d'Atacama, donc, est un désert dit très-aride, dans lequel il pleut en moyenne trois fois par siècle. La végétation y fleurit de magnifique façon tous les sept ans environ. Les précipitations annuelles se situent en-deçà de 50mm et la principale source d'eau réside en fait dans le sous-sol et, pour les plantes, dans l'humidité relative des vapeurs des geysers, La photo ci-dessus illustre ce type de situation.
Car voilà : aridité ne signifie pas pour autant absence de vie, et celle-ci pourrait bien voir son équilibre naturel menacé avec l'implantation d'une centrale géothermique sur place. Si cet avenir n'existe pour l'instant qu'à l'état de projet, il reste tout de même très préoccupant. Les seules concentrations humaines, comme San Pedro de Atacama, se font autour d'oasis elles aussi dépendantes de cette configuration initiale, les Alpagas, lamas et autres cuys se nourrissent des plantes qui ont directement besoin de l'humidité dégagée, etc. Or c'est justement des gyesers que se nourrirait la géocentrale. Et si les fumerolles venaient à disparaître ou diminuer, nul ne sait quel impact ces modifications pourraient avoir sur le fragile écosystème.

Si la Geotermica del Norte (GDN) et l'italien Enel souhaitent construire une centrale électrique « propre », en utilisant la géothermie, on ne sait pas vraiment si cette envie de "bien faire" en évitant les centrales thermiques ou d'autres productions polluantes d'énergie va dans le bon sens. Que l'homme ne soit pas présent en grand nombre dans cette zone est une chose ; qu'il se permette de mettre en péril un équilibre duquel il n'est pas véritablement partie prenante en est une autre. Le Chili, bien évidemment, fait face à un défi énergétique complexe ; toutefois la question ne saurait être réglée selon les règles de l'incrémentalisme disjoint, concept au nom aussi barbare que l'idée qu'il exprime : s'arrêter à la première réponse satisfaisante, condamnant ainsi la recherche de la solution la plus souhaitable.
Ce désert est incontestablement beau... Mais pas seulement. Il constitue également un vivier unique de biodiversité en tant que milieu naturel. Gageons que ce projet, s'il voit le jour, saura respecter le cadre unique qui, euh, s'offre à lui... Ou bien que l'expertise commandée à la Commission Nationale chilienne de l'Environnement (Conama) se montrera tout à fait impartiale. En attendant, par méfiance, par constatation des dégâts du Dakar, par désillusion aussi, mes souvenirs du lieu font un peu mal à cet instant.
Pour finir sur une note positive, voici quelques photos prises en 2003 au cours d'un voyage:





Et pour finir, Un cliché de la vallée de la Lune par Laurent G. :

